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Le jeu des simulacres.

Invité d'honneur de la biennale de Courtrai cette année, l'artiste-designer Jaime Hayon, c'est ainsi qu'il se définit, semble incarner le design d'aujourd'hui. On ne compte plus les articles, en particulier dans la presse internationale, vantant la production et très souvent le personnage. Ce succès n'est pourtant pas sans poser question.

Depuis l'ouverture du Hayon Studio à Barcelone en 2004, Jaime Hayon multiplie les expériences. Il est en même temps artiste, graphiste, designer industriel, architecte d'intérieur, et la liste ne s'arrête pas là. Ce personnage que l'on imagine hyperactif n'hésite pas à jouer de sa personne, comme en témoignent ces nombreux portraits qui pourraient le faire passer pour un simple clown. Hayon, qui, il faut le dire, fait le plus souvent figure de dandy, développe un univers complexe et singulier, à l'image de Matthew Barney par exemple. Sa position reste toutefois ambiguë, à commencer par le fait qu'il reste avant tout designer.

L'ensemble de ses projets fait preuve d'une approche essentiellement graphique. Son travail reste celui de la surface : matériaux quasi-systématiquement opaques, utilisation massive du blanc, du noir et du doré. Hayon ne pense que rarement la matière. Sa production révèle une forte attirance pour l'image, en écho à celle qu'il se forge.

Et c'est au fond ce qui dérange. Les projets qu'il produit, si tant est qu'ils puissent proposer une version d'un monde rêvé, font preuve d'une absence quasi-totale de porosité. En vue de quels usages les objets de Hayon sont-ils pensés ? La question reste en suspens? Il ne s'agit bien souvent que de simples simulacres, à l'image des toys pour lesquels il se passionne. Des jouets avec lesquels on ne joue pas, des objets-images, c'est au fond ainsi que se présente une grande part de la production de ce designer-artiste. Des objets lisses, sans matière. De l'image, et encore de l'image. Celui que l'on verrait - qui se verrait ?- volontiers marcher sur les pas de Starck reste bien trop en surface. Sa production se révèle au final essentiellement égocentrique, ce qui pose une nouvelle fois la question du rôle du designer? Il n'en reste pas moins qu'Hayon, constamment mis à l'honneur, représente tout un pan du design actuel.

Que va-t-il proposer à la biennale de Courtrai ? Une installation à l'image de l'installation « Jet Set » pour Bisazza, très certainement. Celle-ci se compose principalement d'un avion dont la surface est recouverte de mosaïque en verre. Ça ne vole pas, ça ne bouge pas et ça brille, beaucoup.

Texte paru dans Archistorm n° 33
Octobre - Novembre 2008

Archistorm
www.hayonstudio.com


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