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En présence de l'absence.

Pieke Bergmans développe une production singulière traversée par l'idée du virus et de l'invasion. Après des études à la Design Academy d'Eindhoven et au Royal College de Londres, cette jeune designer aujourd'hui exposée à la Tools galerie rejoint ses maîtres.

Les projets de Pieke Bergmans pourraient a priori laisser une goût de déjà-vu. Ses travaux sur le cristal soufflé font immédiatement penser aux brûlages de Maarten Baas ou aux fauteuils détruits de Barbara Visser, deux figures importantes de la création hollandaise. L'assise « Mama » n'est quant à elle pas sans rappeler le fauteuil Up de Gaetano Pesce, qui pourrait être également cité en référence lorsqu'il est question de la série « Unlimited ». Si bergmans semble difficilement s'affranchir de ses maîtres, c'est peut-être parce que nous ne considérons pas son travail comme il se doit. Lorsque celle-ci s'empare des productions de ses contemporains, c'est en effet pour développer un univers très personnel, loin de références qu'elle semble reléguer au second plan.

À y bien regarder, son travail se révèle tout autre. Il y aurait beaucoup à dire sur l'imperfection, sur le travail de la différence, sur une éventuelle indistinction entre art et design? Qu'elle travaille la terre, le cristal, le miroir ou la lumière, il est toujours question d'une altérité, d'un autre. Son goût prononcé pour le virus et l'infection en témoigne. Ce sont pour le projet « Vitra Virus » les fauteuils utilisés comme moules qui donnent forme aux éléments en cristal soufflé. Ces fauteuils restent dans cet accouchement marqués par la brûlure du cristal moulé, opération qui les rend inévitablement complémentaires, voire dépendants. C'est une autre forme d'altérité qui traverse la série « Unlimited » : chaque objet, issu de la même matrice, a subit une manipulation induisant de la différence. L'autre est ici cette main coupable qui reste pourtant invisible : la trace de la manipulation reste énigmatiquement absente.

Cet autre est-il nécessairement viral, infecte, comme se plait à le dire Pieke Bergmans pour certains de ses projets ? Ne serait-ce pas plutôt la mise en évidence d'une présence de l'absence qui caractériserait une grande partie de la production de cette jeune designer ? Cette présence de l'absence en laquelle Gérard Wajcman* voit tout un enjeu de la création du 20ème siècle. Celle-ci serait l'expression d'un manque, ce à quoi l'assise « Mama » fait largement écho.

A l'image du design hollandais, les projets de Bergmans proposent sans nul doute une réflexion constructive pour le design d'aujourd'hui. La sensibilité qu'elle y développe constitue un ensemble de pistes essentielles pour la prise en compte d'un caractère un peu plus humain, dimension qu'il faut plus que jamais réactiver. Car n'est-ce pas au fond la vocation première du design que de penser l'autre ?

* Gérard Wajcman, L'objet du siècle (éditions Verdier). L'auteur y développe l'idée que l'absence serait l'objet du 20ème siècle.

Texte paru dans Archistorm n° 33
Octobre - Novembre 2008

Archistorm
http://www.piekebergmans.com/


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