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D'un entre-deux.

De l'Experimenta à Amsterdam, où de nombreux petits événements sont disséminées dans la ville pendant six semaines, à Interieur 08 à Courtrai, où seul le Parc des Expositions est investi sur une dizaine de jours, en passant par l'hexagonale Saint Etienne, les biennales européennes liées au design présentent des configurations radicalement opposées.

A Amsterdam, les interventions sont multiples et suivent un fil conducteur identifiable : une quasi-absence du « design tel qu'on l'entend habituellement ». Il est ainsi possible de se fabriquer un porte-feuille anti-rayons X au Sunday Adventure Club, de grignoter un morceau de poisson au Friday Fishday ou encore de traîner son chien au City Dog Adventure. L'exposition Droog Event 2 se pose en manifeste : tous les projets présentés relèvent de l'alternative, de l'intervention sauvage, à l'image de ce cube de Marti Guixé posé dans la ville, que les passants vont pouvoir venir détruire. L'ensemble, entre bricolage et militantisme soft, propose une réflexion sur le design industriel et l'urbanisme. A Courtrai, la formule est commerciale et bien rodée, c'est froid et impersonnel. Le Parc de Expositions jouxte l'autoroute, ce qui parfait l'impression générale. Vous êtes là pour acheter, au moins des yeux, et rien d'autre. Les stands des diffuseurs et distributeurs s'alignent, les pièces présentées se ressemblent toutes, et il est assez logique que l'invité d'honneur soit Jaime Hayon. Pour ses 10 ans, la biennale de Saint Etienne reste fidèle à elle-même. On voit bien sûr que des efforts ont été faits, qu'un certain professionnalisme est désormais de rigueur. L'ensemble reste toutefois un peu foutraque, avec l'impression que cela ne va jamais s'arrêter. Et c'est peut-être ce qui est intéressant, bien que l'on puisse reprocher à l'événement l'absence de manifestations médiatiques ou de designers un tant soit peu emblématiques. On peut critiquer la profusion, le difficilement identifiable, il n'en reste pas moins qu'il y a là un panorama du design actuel, conforme au statut voulu de capitale française du design. Ces biennales proposent une situation du design, tous les deux ans, période suffisante pour que des changements aient eu lieu. Elles sont en ce sens l'expression d'un entre-deux. Mais c'est de plus en plus la dimension relationnelle s'y jouant qui importe. Pour chacune, si des configurations singulières sont présentées, on s'aperçoit que le design est désormais du côté des interactions, pas de la « bonne forme ». Mis à part Courtrai, elles présentent des ambiances, des moments de convivialité. Et l'on pourrait dire, comme pour Saint-Etienne et les nombreux lieux investis, à commencer par l'inquiétant musée de la mine, que le design est désormais du côté de la ré-affectation. Et n'est-ce pas aujourd'hui la mission du design que de penser d'immenses domaines de la vie humaine laissés en jachère ? Le design revendique ici une forme d'esthétique relationnelle, il est question d'un design du lien, d'un design s'intéressant aux interstices sociaux : un design de l'entre-deux, en somme?

Texte paru dans Archistorm n° 35
Février-Mars 2009

Archistorm


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