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Adrien Rovero, designer INDUSTRIEL.

Sorti de l'ECAL en 2006, le suisse Adrien Rovero multiplie les projets et les expériences. Pour sa première collaboration avec Campeggi, entamée en 2008, il met en place un système de petites animations dessinées qui deviennent la base d'échanges avec l'éditeur italien. Une expérience singulière, peut-être, mais surtout une manière de travailler qui correspond à un état d'esprit. Le canapé Flip, fruit de cette collaboration, est produit depuis fin 2009. Adrien Rovero travaille aujourd'hui sur de nouveaux projets avec Campeggi.

L : Pourriez-vous, avant tout, dire en quelques mots quels sont les thèmes, les idées qui traversent votre production ?
R : Il y a certainement quelques thématiques qui se retrouvent même si chaque projet est prétexte à de nouvelles pistes. J'aime beaucoup travailler avec les signes, les codes visuels. Je les manipule, les détourne. Je les utilise pour communiquer l'usage, l'idée, le contexte? Du point de vue du dessin, je suis de plus en plus fasciné par l'univers « industriel » et par la radicalité des constructions. Le canapé Flip en est un exemple : structure en profils extrudés et soudés, simples planches posées?

L : Lorsque je regarde l'ensemble de votre production, j'ai l'impression que chaque projet est pourtant sujet à de nouvelles règles, qu'une méthode est repensée pour chaque situation, non ?
R : C'est une des choses passionnantes du design que de pouvoir tester et repenser chaque fois le projet. J'aime réfléchir en fonction d'un contexte, adapter mes outils, penser la manière d'avancer avec mes convictions et mes buts. Rolling, Flip ou Particule Stool sont le fruit de démarches effectivement très différentes.

L : Quels sont les designers ou plus largement les personnes qui vous influencent ?
R : Beaucoup ! La curiosité est primordiale : j'ai l'impression de fonctionner comme une éponge qui se remplit d'émotions et qui construit après digestion. La production d'Achille Castiglioni me passionne : elle reflète une liberté de pensée avec des idées ingénieuses, drôles et totalement sensibles aux moyens de productions.

L : Et pour le design d'aujourd'hui ?
R : L'idée de l'identité du design m'intéresse. Je trouve fascinant de pouvoir identifier la provenance d'un objet, surtout d'essayer d'en comprendre les raisons, à la fois dans l'apprentissage d'autres cultures et dans la définition de la sienne. Le design de Willy Guhl ou de Max Bill n'est ni italien, ni hollandais? Pourquoi ? Comment ? Les montagnes donnent-elles envie de protéger les pieds d'un tabouret comme on le ferait pour une luge ? Le dernier projet du suisse Joerg Böner pour Tossa est un bon exemple : une matière typique et particulière, l'Eternit, est utilisée parcimonieusement pour définir un système de table où la construction est presque invisible.

L : Quelle est en quelques mots la genèse de la collaboration avec Campeggi ?
R : Un très bref mail: « Pourrions nous rentrer en contact ? » signé Claudio Campeggi. Quelques mails et coups de téléphone plus tard, une demande : « un petit objet mou, animé qui se transforme et qu'on peut produire en Asie ».

L : Pour ce projet, vous avez réalisé des petites animations, des dessins animés très sommaires où l'on voit les meubles grandir, évoluer, se transformer, qui correspondent à autant de propositions, de gammes? On voit votre main dessiner, gommer, redessiner, puis apposer la signature d'un coup de tampon. Qu'apportent ces animations dans la communication du projet ? Pure séduction, jeu?
R : C'est un outil de communication. Claudio Campeggi ne parle que l'italien (que je ne maîtrise pas). Proposer des objets qui s'animent comme méthode me semblait approprié. Et c'est sans compter le plaisir de les faire.

L : Le dessin des designers est en ce moment un sujet. Il suffit de voir ce que font les frères Bourroullec ou d'autres pour le comprendre. Lorsque l'on crée par le dessin ou par la maquette, le projet n'évolue pas de la même manière. Même constat lorsque l'on recourt à l'ordinateur, ou à un travail manuel. Or, il me semble ici que pour vous, la réalisation de petites animations est un moyen de communiquer le projet, mais aussi de le penser ? C'est une méthode sensible qui laisse place au flou, à une certaine liberté. Y a-t-il là une ouverture ou un pied de nez au design industriel, dont les méthodes paraissent un peu sclérosées.
R : Je ne sais pas? C'est au moment de faire les maquettes à l'échelle 1 que l'on se rend compte qu'il y a eu des influences claires au niveau de la manipulation et du dessin de la structure. Pour ce qui est de ma méthode, il y a des typologies très différentes de caractères qui fonctionnent mieux selon telle ou telle méthode et c'est à mon avis ces différences-là qui nourrissent et amènent des choses intéressantes. Pour moi, la première phase est toujours assez floue et difficilement « managable ».

L : Justement, pour ce projet, vous tamponnez chaque esquisse de votre signature : « Adrien Rovero / Industrial Designer ». Que signifie pour vous cette dénomination ?
R : C'est une manière de clarifier ce que je fais. On parle d' « industriel », donc de reproduction. La reproductibilité, même à peu d'exemplaires, me semble importante et passionnante.

L : Au fond, le design est nécessairement industriel, puisqu'il apparaît au moment où les conditions de production deviennent industrielles. L'adjonction du mot « industriel » permet d'insister sur cette question de la reproductibilité, mais cela ne risque-t-il pas de devenir un style ?
R : On trouve des objets réalisés à la main, en pièces uniques ou très limitées, qui sont pensés mais aussi construits par des designers. Ils s'inscrivent alors davantage dans des formes de communication et certains réseaux de vente, entre autres. C'est assez prégnant aux Etats-Unis : j'ai été frappé lors d'un échange à la Rhode Island School of Design de voir à quel point le mouvement Arts & Crafts était présent et naturellement considéré comme du design. Une entreprise comme Campeggi fonctionne comme une industrie, ce n'est pourtant qu'une entreprise, d'environ 50 employés, spécialisée dans le canapé transformable qui distribue dans le monde entier mais qui produit à la main, excepté quelques pièces moulées. La frontière entre artisanat et industrie n'est pas toujours aisée à fixer. Dans ma démarche, j'essaie simplement de conserver la possibilité de reproduire les objets et que cela ne dépende pas uniquement d'une prouesse technique. J'accorde par ailleurs une large importance à l'usage, à l'actualité de l'usage. Alors pour ce qui est du style? C'est une idée limitée pour moi, qui me semble associée à un aspect uniquement visuel. Je suis davantage passionné par l'intelligence industrielle, c'est autre chose. L'adaptabilité, la rationalité, la logique m'intéressent mais nécessitent une adaptation lorsqu'on les transpose dans l'habitat. Flip en est un exemple : deux tréteaux et une planche, la face propre pour le bureau et la sale pour la découpe et le collage, c'est le fruit d'une logique très industrielle.

L : Vous évoquiez votre intérêt pour la manipulation des signes, des codes. Pouvez-vous préciser ?
R : Presque tout ce qui nous entoure est « codifié », fait appel à une mémoire. C'est une dimension qu'on peut utiliser pour soutenir une idée. Dans mon projet de parc à vélo VD003 (2006), le propos est d'utiliser une place de stationnement automobile pour un autre usage. L'utilisation des barrières en acier galvanisé parle du trafic, de sa gestion, et fonctionne très bien en milieu urbain. Pour DIP 1/3 (collaboration avec Christofle, 2006), j'utilise le caoutchouc liquide pour enduire la partie de l'argenterie qui est manipulée, technique très utilisée dans la fabrication d'outils tels que les pinces? là encore, une codification « industrielle » est présente.

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